9jours

de trek

170km

parcourus

2500m

D+

1

jour sans pluie

Voilà quinze mois à présent que nous sommes revenu de notre aventure Lapone le long de la Kungsleden. Quinze mois que le Grand Nord nous appelle de nouveau. Alors, certes, le GR738 m’a permis de m’évader une bonne semaine en montagne mais j’ai besoin de ma migration annuelle en pays nordique, cette fois-ci nous prendrons la direction du Parc National du Sarek en Suède pour neufs jours de trek dans une Nature sauvage et brute.

Sarek et itinéraire


Vaste de presque 2000km², le Sarek est un parc national Suédois situé à quelques heures de route au sud de Kiruna et non loin de la frontière Norvégienne. Souvent considéré comme le dernier espace sauvage d’Europe, le Sarek est un concentré de nature sauvage. Ici pas de route, pas de chemin balisé (et même quasiment pas de « vrai » chemin), juste 2 ponts, pas de refuge en tant que tel, tout au plus quelques cabanes aussi spartiates que rares et des conditions climatiques pouvant être dures. Vos seuls voisins à des (dizaines) de kilomètres seront les rennes que les Sames laissent paître ici tout l’été.

Un vrai paradis pour le marcheur qui souhaite se retrouver au beau milieu de rien pour plusieurs jours.

Par contre le Sarek a un prix : pas de chemin, pas de route, etc implique qu’il faut naviguer soit même dans un environnement souvent dur. En guise de terrain vous aurez le choix entre les marais, les forêts denses de bouleaux ou bien les grandes étendues vides en altitude et pour la météo : la pluie (beaucoup), le vent, la neige et un peu de soleil tout de même.

Le Sarek est un environnement difficile. Le terrain et la météo peuvent être très durs et changeants. Même en plein été, très court au demeurant, vous pourrez avoir des conditions hivernales en altitude. Soyez donc préparés ! Le Sarek s’adressent à des marcheurs expérimentés qui connaissent un minimum le milieu de l’Arctique Scandinave et qui sont équipés en conséquences. Ici vous serez seuls et les secours ne pourront pas toujours intervenir rapidement, sans compter que vous n’aurez aucun réseau téléphonique, ni échappatoire rapide.

Attention : le topo qui va suivre s’inscrit dans un contexte spécifique de ce mois de septembre 2018. Ne présumez pas des conditions à l’avance (notamment en ce qui concerne les traversées de guets) et ne prenez pas les caractéristiques que nous avons rencontrés comme une vérité absolue. Préparez bien votre rando et gardez toujours une marge de sécurité.

Notre itinéraire nous a permis de parcourir un bon morceau du Sarek et de passer notamment par la Rapadalen et le Skierffe, LE point de vue à ne pas rater dans le parc. Long de 170km environ, il nous aura fallu 9 jours de marche pour le réaliser à raison de 20km/jours. Ce n’était pas une balade de santé mais c’est réalisable. Vous trouverez ci-dessous sont détail (le GPX est téléchargeable) :

Télécharger

Rejoindre le Sarek


Qui dit région isolée dit accessibilité pas facile. De plus, nous partons en septembre ce qui correspond à la fin de la saison ici, certains services sont donc déjà à l’arrêt.

Première étape : monter dans le Nord. Nous avons choisi une fois de plus Kiruna comme camp de base. On peut aussi démarrer de Gällivare qui est accessible en train (mais plus en avion). Kiruna a l’avantage d’avoir un aéroport et quelques bons hotels. C’est « la ville » du nord Suédois. Pour entrer au Sarek il y a plusieurs points « classiques » : Ritsem, Kvikkjokk et Saltoluokta. Etant donné que les traversées de lac et le bus à Ritsem paraissaient complexes car les services étaient finis pour la saison, nous avons choisi Kvikkjokk en point d’entrée et Saltoluokta pour la sortie.

Rejoindre Kvikkjokk en transport en commun depuis Kiruna, nécessite de prendre un train pour Gällivare puis plusieurs bus et un taxi, en d’autres termes, c’est long et nous n’avions pas beaucoup de jours devant nous. Nous avons donc opter pour une solution pas sexy et plutôt onéreuse : le taxi. Il faut compter tout de même 4h30 de route et aux alentours de 5000SEK, à trois ça passe mieux mais bon …

Nous sommes donc arrivés sur place un dimanche, nous avons acheté du gaz pour le réchaud le lundi matin et on a pris le taxi à 12h pour arriver vers 16h (conduite sportive du chauffeur…).

Pour le retour de Saltoluoka il « suffit » de prendre deux bus pour Kiruna ou un seul vers Gällivare.

Voici quelques liens utiles pour préparer les transferts :

Egalement les liens vers les principales « stations » du coin et les infos sur les traversées de lacs :

Attention : vous aurez très certainement à traverser des lacs en bateau, bien que certains le soit à la rame il existe des traversées en bateau à moteur. Vous n’aurez d’ailleurs parfois pas le choix. Par contre c’est très cher !! Voici une liste non exhaustive valable pour 2018 :

  • Traversée Kvikkjokk-Padjalenta : 250SEK/personne
  • Traversée Sitojaure : 400SEK/personne (deux fois par jour ou bien sur demande)
  • Traversée Saltoluokta vers l’arrêt de bus : 200SEK/personne
  • Traversée à Ritsem : ?? mais surement le même ordre de grandeur

Pas de carte bancaire pour les deux premiers mais les euros semblent acceptés. Au final prévoyez du cash !

Premier jour - Départ et Padjelanta


Nous sommes le 10 septembre 2018 à Kvikkjokk vers 16h30, il fait beau, le soleil commence à être bas dans le ciel et nous attendons au bord de l’eau l’arrivée du bateau-taxi qui doit nous mener au début de la Padjelanta. Nous sommes tous les trois, avec Quentin et Matthieu, impatients de nous immerger pour 9 jours et 170km au sein du Sarek. Nous n’avions qu’une hâte après l’année dernière et la Kungsleden : revenir et faire encore plus sauvage, nous y voilà !!

Notre « passeur » arrive avec quelques passagers qui reviennent de la Padjelanta. Nous voyons avec lui quelques détails et on embarque pour 10min de bateau. Bien que début septembre, l’automne a déjà établi son camp ici. Les bouleaux se sont parés de leurs teintes jaune-rouge, c’est beau. La lumière du soleil est apaisante. Nous glissons sur l’eau tranquillement, quelle agréable façon de commencer un trek.

Le débarcadère est sommaire mais on trouve une petite cabane juste à côté pour les randonneurs qui auraient raté le dernier bateau. Nous prenons le temps de discuter avec le pilote concernant l’itinéraire, les passages de lacs, … D’abord un peu bourru, il s’avérera tout à fait sympathique et nous donnera de bons conseils.

A présent nous voilà seuls, les sacs sont chargés sur nos dos qui accusent le poids des 10 jours de nourriture mais nous allons le coeur léger sur un très bon chemin, balisé et facile. C’est d’ailleurs un bonne chose car nous allons passer deux jours le long de celui-ci, le temps de nous mettre en jambe avant d’attaquer le vif du sujet.

Nous ferons 7km ce soir. Rien de bien difficile. Les paysages sont agréables mais pas particulièrement impressionnants car on évolue principalement dans de la forêt dense. On trouve quelques aires de bivouac confortables le long du chemin. Nous nous installons donc à la nuit tombante, non loin de la rivière.

Le temps de monter le camp et de manger et la pluie commence à tomber en fines gouttes ce qui précipite notre mouvement de repli dans le sac de couchage bien chaud et douillé.

Fin de la première journée qui aura surtout été une journée de transfert. On attaque vraiment la marche demain avec au moins 18km à parcourir. En attendant : bonne nuit!

Jour 2 - Plus loin dans Taradalen


Il a plu toute la nuit et l’environnement est particulièrement humide ce matin. Nous plierons le camp sous la bruine de quoi hâter notre départ.

Aujourd’hui nous continuons le long de la Padjelanta. Nous progressons donc facilement même si la pluie a rendu certains passages glissants (notamment les fameux chemins de planches traversant les marais). Après quelques temps nous commençons à sortir par moment de la forêt ce qui nous permet d’admirer l’extension de la vallée sur des kilomètres en aval et en amont. On a, pour l’instant croisé qu’une personne, à la cabane de Nunjes et ce sera tout pour la journée…

Nous sommes en forme et heureux d’être ici. Même si le temps n’est pas au grand beau, la météo n’est pas désagréable. Le soleil joue avec les nuages denses et créé de beaux contraste sur les bouleaux orangés.

Il n’y a pas grand chose à dire de particulier sur cette journée. Les paysages nous rappellent beaucoup ceux de la Kungsleden pour l’instant mais peut être à des dimensions plus impressionnantes.

Le soir (vers 16h – le soleil se couchant à 19h30, on a décalé la journée : lever 6h coucher 21h), nous poserons le camps un peu avant Såmmarlappstugan, à l’endroit où le chemin revient très proche de la rivière. C’est un joli coin pour le bivouac avec une belle vue sur les collines environnantes. Malheureusement on aura le droit à une succession de petites averses toute la soirée. Nous avons tout de même réussi à allumer un feu malgré le bois mouillé mais celui-ci ne chauffera pas très fort.

Nous ne faisons pas de vieux os ce soir. Le soleil se couchant tôt et la pluie n’aidant pas mais surtout nous sommes fatigués de ces premiers 20km. Il faut laisser le temps au corps de s’habituer, ça ira mieux dans un ou deux jours.

Pour l’instant on s’endort, bercés par le ploc ploc de la pluie sur la tente. C’est agréable de se sentir un peu plus loin de la civilisation ce soir mais j’ai hâte d’être vraiment isolé, encore quelques jours de patience.

Jour 3 - Fin de Tarradalen et du chemin


Une seconde nuit pluvieuse. Nous plions encore une fois un camp bien humide mais au moins il s’est arrêté de pleuvoir pour l’instant.

Nous arriverons rapidement à Såmmarlappstugan où nous croiserons le gardien en train de faire le grand ménage avant de fermer. Il comptait d’ailleurs partir cet après-midi. Le temps de papoter et d’admirer la brume matinale sur la rivière et nous reprenons la route sur la Padjelanta qui monte légèrement ici.

La végétation se fait d’ailleurs de plus en plus clairsemée au fur et à mesure de la journée, cela nous permet d’apprécier la vue sur toute la vallée.

Nous arriverons en vue des cabanes de Darreluoppal en début d’après midi. Nous croiserons trois personnes dans cette zone qui seront les dernières pour 48h.

Encore une heure de marche et nous sommes aux cabanes.

Nous arriverons aux cabanes en milieu d’après-midi. Se pose alors la grande question de savoir si on continue un peu le chemin ou bien si on s’arrête ici pour la nuit et que l’on profite du confort de la cabane d’hiver…

Après délibération, on choisit de pousser plus loin. Ce sera toujours ça de gagné… Nous retournons donc sur le chemin encore quelques centaines de mètre. En effet c’est ici que l’on en sort pour marcher dans la pampa en toute liberté. On choisit donc de traverser la rivière (on restera à l’ouest de celle-ci pour la suite), de monter un peu sur les hauteurs et enfin de sortir du chemin.

C’est étonnant à quel point ce petit pas de côté, celui qui vous mène hors sentier, est chargé d’une symbolique forte à mon sens. Par ce petit pas on retrouve une sorte de liberté totale, on peut marcher où on veut, comme on veut, en ayant pour seule contrainte le terrain. Par contre on quitte aussi une ligne rassurante qui mène d’un point A à un point B sans trop se poser de question. Il faut donc, intérieurement, accepter d’avoir toute cette liberté justement. Pour ma part il me faudra attendre quelques heures hors sentier pour justement trouver un sentiment agréable de marche en liberté.

En tous cas, ce qui me rassure c’est le terrain. J’avais peur que celui-ci soit compliqué sur cette section mais pour l’instant c’est de l’herbe avec quelques buissons et rocailles. Rien de bien méchant.

Nous ne tarderons pas à croiser nos premiers rennes dans ce terrain qui est idéal pour eux. Ils se déplacent en général par petit groupe d’une dizaine d’individus mais on peut croiser des troupeaux plus grands.

Après une vingtaine de kilomètres nous poserons le camp juste à côté de la rivière Vàssjàjåhkå au droit du lac Vàssjàjàvràtja. Un emplacement très agréable d’ailleurs offrant une belle vue et relativement bien abrité du vent.

Le bivouac rapidement installé, nous profitons du fait qu’il soit encore tôt pour vaquer à nos occupations : photo, repos ou chasse aux baies sauvages qui abondent dans la zone.

Nous ne tarderons pas à avoir la visite successive de petits groupes de rennes sur l’autre rive de la rivière. Ils gardent tout de même leur distance mais c’est un joli spectacle pendant que l’on mange nos lyophi bien à l’abri du vent. Le soir, les températures tombent vite et il est difficile de rester longtemps dehors après manger.

Ainsi s’achève la troisième journée de marche. Pour l’instant tout va bien si ce n’est quelques petits bobos et un peu de fatigue mais rien d’anormal.

C’est le premier soir où j’ai l’impression d’être loin de la civilisation et encore, au final, il y a les cabanes qui sont à une grosse heure de marche… En tous cas, le moral est bon, le physique suit et j’ai hâte de m’enfoncer encore un peu plus loin dans la Laponie.

Jour 4 - Hors Sentier et Traversée de lac


Nous y voilà, aujourd’hui nous pénétrons réellement dans le parc du Sarek dont la limite est représentée par la petite rivière à côté de laquelle nous campons.

La nuit a été fraîche mais bonne. Nous commençons à être bien rodés sur le rangement du camp et nous sommes rapidement de retour en piste pour nos 20km quotidien.

Nous continuons donc en direction du lac Alggajàvrre. La progression hors sentier est beaucoup plus aisée que ce à quoi je m’attendais et c’est tant mieux ! Même les quelques cours d’eau à traverser sont suffisamment bas pour ne pas nous gêner outre mesure. Nous avançons donc relativement vite dans cette magnifique vallée. Nous passons de petits cols en petits cols, dévoilant à chaque fois une nouvelle perspective. Ici, plus d’arbres évidemment mais de la steppe herbeuse à perte de vue. J’adore ce genre de paysage. On s’y sent tout petit et on respire.

Nous passerons rapidement la barrière à rennes qui sert aux Samis pour rassembler leurs bêtes. Nous la traverserons au niveau de la rivière mais il doit y avoir des « portes » pour la traverser ailleurs j’imagine. La pause repas sera faite un peu plus loin, en face de la Renvaktarstuga.

Les Renvaktarstuga sont des cabanes privées qui appartiennent aux Sames, vous ne pourrez donc pas les utiliser comme refuge pour la soirée. Sur les cartes vous trouverez de plus les indications « Låst » ou « Forfallen » à côté de certaines huttes ; cela signifie respectivement « Verrouillée » et « En ruine ».

Un petit peu après la pause repas, nous tomberons sur notre première traversée un peu complexe de rivière. En effet on trouve ici la confluence de deux bras qui forment un cours d’eau assez important au final. Il faut donc bien traverser un peu après la Renvaktarstuga et rester à l’ouest de l’ensemble des cours d’eau (rive gauche). Nous arriverons après quelques temps de recherche à traverser (presque) au sec en sautant de rochers en rochers. Encore une fois je pense que nous avons de la chance car le niveau des cours est bas en cette saison, il doit en aller tout autrement au printemps et la traversée doit être bien plus difficile !

Nous apercevrons rapidement Alggajàvrre qui marque notre point d’entrée dans le Sarek et un peu au dessus la Alkavare Kapell, une petite chapelle, vestige d’une période de prospection minière dans la zone.

Pour traverser le lac il y a deux possibilités : ramer ou passer par un pont. Vous trouverez donc vers l’extrémité Nord-Ouest et sous la Kapell, des barques pour traverser le cours d’eau.

Le système des trois bateaux : c’est un système que vous retrouverez en Suède et en Norvège. Pour traverser à la rame vous avez deux possibilités. Soit il y a deux bateaux de votre côté et vous en prenez un pour traverser, soit il n’y a qu’un bateau de votre côté et il vous faudra traverser, revenir déposer un second bateau qui est de l’autre côté et traverser une nouvelle fois. En résumé avec trois bateaux, on s’assure qu’il y en ait toujours au moins un de chaque côté et c’est de la responsabilité de l’utilisateur de l’assurer. Il faut donc jouer le jeu même si cela peut prendre du temps (on y reviendra à la traversée de Sitojaure) et faire en sorte qu’il y ait toujours un bateau au moins de chaque côté.

Pas de bol pour nous, il n’y a qu’un seul bateau de notre côté. Mais bon, la traversée doit faire 300m, on devrait s’en sortir.

On charge nos affaires, les bonhommes et le dernier (moi) pousse le bateau pour finir de le mettre à l’eau mais la problème : ça bloque ! Impossible de le faire décoller. Le niveau de l’eau est tellement bas que près de la berge il n’y en a pas assez pour que la barque flotte…

On aura beau décharger, pas moyens de faire flotter convenablement l’embarcation…. Bon… Etant donné qu’on sait qu’il y a un pont un peu plus haut on ne se prend pas la tête : on décharge la barque et on repart en direction du pont. Je pense qu’on aurait pu la mettre à l’eau en la vidant des sacs et tout, en enlevant les chaussures et en poussant dans l’eau mais hormis une certaine flemme à faire tout cela, on ne connaissait pas non plus la profondeur sur la suite du parcours, le pont paraissait donc une bonne alternative. Notons simplement que 2018 a été une année particulièrement chaude pour la Suède et ce même en Arctique, cela doit partiellement expliquer le niveau si bas du lac.

Nous revoilà donc en chemin vers le « Bro » qui se trouve environ 2km plus haut (pour repérer la zone de loin c’est dans l’ensemble de petites buttes qu’on aperçoit rapidement en repartant de la zone de la barque). On l’atteint donc vite et on se rend vite compte qu’il tire un peu la tronche ce pont …

Outre son petit côté rouillé et les quelques bouts qui pendent, on a le droit à une belle pancarte avec une main levée qui semble indiquer une interdiction de passer… N’ayant pas trop le choix on se lance tout de même, un par un. Ça craque et ça grince mais ça passe. Honnêtement, nous n’étions pas rassurés du tout à la traversée et je vous conseille de faire très attention si vous passez par là… (De retour en France et après traduction, on se rendra compte que le panneau signifie que le pont est en réparation et qu’il ne faut pas l’emprunter…).

Nous voilà de l’autre côté… Demi tour donc et c’est reparti en direction de la Kapell que l’on atteindra relativement rapidement si ce n’est la traversée de la rivière Gàjnàjjågåsj qui nous prendra un peu de temps car nous avons chercher un passage au sec.

Le détour par le pont nous a consommé du temps et nous avons moins avancé que prévu. Nous souhaitons donc continuer au moins jusqu’à l’extrémité Est du lac.

Nous progressons à présent dans une sorte de forêt miniature composées de buissons, à hauteur de taille ou d’épaules, particulièrement denses ce qui rend la navigation et la progression particulièrement difficiles. On avance donc tout doucement en nous frayant un passage. Il est sensé il y avoir un chemin dans le coin mais on le trouve pas et on a beau essayer en haut ou en bas, il y a rien à faire et franchement ça m’agace ! En plus Quentin commence à avoir une douleur suspecte au genou, il va falloir être vigilant.

Nous arriverons enfin à l’extrémité du lac et à un coin pas trop mal pour le bivouac après 23km de marche…une bonne journée.

La mise en place du bivouac est accompagnée d’une « agréable » petite pluie fine qui ne nous lâchera pas de la soirée … C’est donc pour moi un moment un peu morose dans la grisaille et le froid. C’est dommage, le coin doit être superbe sous le soleil.

Encore une fois nous ne tarderons pas à rejoindre notre duvet surtout que nous sommes bien fatigués ce soir mais bon soyons heureux, nous sommes concrètement dans le Sarek ce soir et nous allons commencer à l’explorer dès demain !

Jour 5 - Alggavàgge et la hutte magique


Nuit froide et pluvieuse ! Le réveil n’est donc pas très facile … mais le paysage compense : en effet une légère couche de neige a saupoudré la tête des montagnes environnantes c’est beau. L’ambiance matinale est très sereine mais les nuages referont vite leur apparition apportant au passage la pluie…

Nous nous remettons en route en cherchant le fameux chemin qui doit passer dans la zone. Alors honnêtement, hormis quelques traces de passages qui sont dues à l’humain mais aussi à des rennes, on ne trouvera pas de bon chemin pendant un moment. Non, on aura le droit à ces horribles buissons qui sont, de plus, trempés ce matin ! On est donc tout mouillé du pantalon et ça passe dans les chaussettes par capillarité. J’ai donc rapidement les pieds mouillés et pour tout vous dire, ils ne sécheront pas avant la fin du séjour … On progresse très lentement et on galère, c’est un sale début de journée ! Pour couronner le tout la douleur au genou de Quentin se fait vive et ressemble fort à une tendinite. C’est inquiétant pour la suite car on est à 40-50km minimum d’un point de sortie… Il va donc falloir que le genou tienne !

Après cette horrible zone, nous arrivons enfin dans un espace dégagé qui nous permet de marcher un peu plus vite même si on progresse parfois dans du marais qui finit de nous humidifier. Par contre la vue est superbe et les montagnes conservent leur bonnet de neige.

Nous prendrons la pause du midi (à 11h…) sur une petite proéminence et avec une vue magnifique sur la vallée en direction de l’ouest avec un grand troupeau de rennes en contre bas. Magnifique.

Nous entamons la descente côté ouest de la vallée. Au loin les sommets enneigés et les glaciers de Mihkàtjåhkkå et de Màhtujåhkkå.

La descente est facile et belle. Ne traversez pas la Ahkàvàgge, au contraire à ce niveau rester bien sur la gauche de la vallée (versant nord). Vous verrez au loin un Renvaktarstuga, que le semblant de chemin croise par la gauche. On croisera ici un beau troupeau de rennes assez curieux pour venir à une trentaine de mètres.

La confluence de deux vallées offre un magnifique paysage. C’est superbe, c’est ce qu’on est venu chercher.

On arrive après cette jolie rencontre à un passage potentiellement délicat : la traversée de la Guohperjåhkå. Faites cela « sous » le renvaktarstuga, on trouve des cairns qui indiquent le passage. Encore une fois, notre traversée a été facilitée par le niveau bas de la rivière mais au printemps ça doit être une autre paire de manches !

La suite de la progression sera relativement ennuyante surtout qu’il bruine ! Il n’y a pas vraiment de chemin bien marqué, tout au plus des traces de rennes … Essayez de rester sur les hauteurs ce sera plus facile pour avancer. En tous cas après quelques temps, on aperçoit enfin la petite cabane à côté du pont qui permet de traverser les gorges de Skàrjà. Je suis content on est tombé pas très loin, on s’améliore en navigation. J’ai hâte qu’on arrive car Quentin a bien mal à son genou, il faut qu’il le repose.

La descente vers la cabane sera rapide. Celle-ci est toute bête mais il y a l’essentiel : une table, deux banquettes et un espace de « stockage ». Par contre pas de quoi dormir convenablement, on monte donc les tentes dehors car nous arrêtons ici pour aujourd’hui. Le soleil refait même son apparition au bout d’un petit moment. Le coin est vraiment magnifique car il est à la confluence de plusieurs vallées. A 360°, des sommets, des vallées et la beauté brute du pays Samis.

Comme je le disais nous allons rester ici pour la nuit. L’endroit est beau, il fait beau et puis ça nous fera du bien d’être un peu à l’abri pour manger et faire la soirée.

Cette petite cabane, Mikkastuga, c’est un vrai moment de détente et de bonheur dans le trek, une bouffée d’air qui nous permet de trouver un semblant de confort. Nous passerons donc la fin d’après midi à nous réchauffer tranquillement au soleil ou à ranger un peu, nettoyer,… Nous aurons la visite d’un Finlandais qui se promène depuis 2 semaines dans le Sarek, pour faire des sommets, un personnage haut en couleur mais qui connaissait le « métier » !

Les heures passent, la lumière change en continue, j’ai envie de refaire la même photo toutes les 15min. Que ces grands espaces sont beaux !

Le soir nous feront un festin de roi : saucisson, fromage, pistaches, la fameuse fondue 4 fromages lyophilisée qui est devenue une tradition de rando, soupe, mousse au chocolat lyophi, amandes caramélisées, … De quoi refaire le stock de calorie pour le lendemain !

Nous sommes bien, il fait froid mais il n’y a pas de vent ce qui rend les choses supportables. Nous passons un petit moment à jouer aux cartes avant de rejoindre nos appartements dehors après quelques ultimes photos de nuit. Cette soirée est la meilleure que j’ai passé du trek et ce bivouac (grand luxe) est l’un des plus beaux de ces vacances. Cela nous aura fait un bien fou en ce milieu de parcours.

Je m’endors heureux, inconscient de l’horrible journée qui nous attend demain…

Jour 6 - L'horreur


Levé matinal et froid pour changer … Au moins il ne pleut pas… pour l’instant. On plie le camp et on repart.

Ici il y a un chemin pas trop mal tracé, on le perd de temps en temps mais on finit par le retrouver en général. Le genou de Quentin tire un peu mais on lui a pris du matos pour alléger son sac, ça a l’air de stabiliser la douleur au moins…

Vous verrez cette portion du chemin n’est pas compliquée. Il y a trois cours d’eau à traverser, pas de difficulté pour nous mais attention au printemps. Seule la Tjåggnårisjåhkå nous demande de passer un peu de temps à chercher un passage au sec. La trace bifurque après la rivière. Il faut que vous visiez la petite proéminence au loin baptisée Bielavàràsj (sur ma droite du plateau).

C’est à partir de ce point que la pluie fait son retour. D’abord légère, elle se renforce au fur et à mesure. Pour l’instant ça va même si l’ambiance est moins plaisante. En tous cas la vue est belle et la vallée impressionnante. Une dernière photo pluvieuse avant le début de l’horreur.

La suite du chemin nous amène à la partie technique de la journée. Le sentier passe sous la grande falaise du Bieltjåhkkå. On y croise un duo père/fille qui nous prévient que ça glisse fort et en effet déjà c’est de la rocaille bien lisse et la pluie n’arrange rien ! Pour couronner le tout, la végétation gorgée d’eau nous trempe le pantalon et la pluie tombe toujours plus fort. On se démerde donc dans ce passage en avançant doucement car ça dérape vraiment.

Au bout de 45min, on commence à être bien mouillé. On atteint enfin le plateau du lac Sàvvàjàvrre et là, on passe à un tout autre niveau. Déjà on est quasiment à 1000m, le mercure a donc bien baissé, mais on a surtout un fort vent de face (environ 50km/h) et on est dans les nuages. Prenez donc de la pluie, du vent et une température aux alentours de 0°C et vous avez le super combo. Rapidement on se retrouve mouillé jusqu’au caleçon (littéralement), la goretex abandonne la partie et on est aussitôt mouillé au niveau du torse. En gros on est entièrement trempé !

Commence alors un long moment de lutte, on perd notre température extrêmement vite, on se met donc à marcher comme des fous. Têtes baissées face au vent, on avance le plus vite possible pour se réchauffer de l’intérieur. On ne parle plus ou juste quelques blagues de temps en temps pour réchauffer l’ambiance qui règne.

On en parlera ensemble ensuite mais je peux vous dire qu’à ce moment on s’est tous senti extrêmement vulnérable au milieu. Déjà nous sommes à 60km de toute civilisation, le réseau téléphonique ne passe évidemment pas et même en cas de besoin les secours ne pourraient pas intervenir par cette météo. On est donc seuls, tous les trois, à marcher comme des fantômes pour fuir ce plateau qui est littéralement en train d’aspirer toute trace de chaleur dans nos corps.

Plus loin, avant d’attaquer la descente, nous ferons la rencontre fantomatique d’un groupe de rennes posés en train d’attendre la fin de la tempête. La descente sonne comme la porte de sortie de cet enfer de brume.

Les quelques dizaines de mètre de dénivelés refont monter légèrement le thermomètre mais nous sommes trempés et nous restons froid. Nous continuons donc d’avancer. On arrivera  vite dans une forêt de bouleaux détrempés qui continuera de nous mouiller.

Après de long kilomètres, on trouve enfin un spot où se poser. Le camp est monté à la hâte et on saute dans nos tentes respectives. Matthieu et moi nous mettons en caleçon car toutes nos fringues sont trempées. Directement sous la couverture de survie le temps de reprendre quelques degrés. Rapidement on s’habille avec des habits secs (heureusement les sacs à dos n’ont pas (ou peu) pris l’eau) et on se réfugie dans nos duvets.

Il nous faudra 3h pour revenir à une température convenable ! La pluie est tombée sans discontinu durant 7h. Le « soir » vers 17h elle s’arrête enfin et c’est heureux car il faut qu’on mange quelque chose de chaud pour récupérer. On sort donc « cuisiner » en caleçon car le pantalon est trempé. Les nuages se sont enfin levés et dévoilent un beau décor. On passe alors par un bon moment avec nos lyophi et la vue. C’est fou la vitesse à laquelle on passe d’une émotion à l’autre en rando : on alterne entre se dire « mais pourquoi bordel je suis ici ? pourquoi je fais ça? » à des moments de grâce offerts par une vue, un petit truc chaud à manger ou juste un bonne blague. C’est aussi ça finalement que l’on vient chercher ici, les choses simples qui ont un réel impact bienfaisant sur vous.

On se couchera tôt, la pluie reprenant en début de soirée. Heureusement nos duvets ne sont pas humides.

Cette journée aura été très riche en enseignement, tout d’abord et même si on le sait c’est la vitesse à laquelle une situation difficile peut arriver, c’est également le fait que l’eau arrivera toujours à traverser mais c’est surtout la rudesse du climat ici. Cet journée a changé notre perception de ce trek. On est passé de « balade » sauvage à rando engagée. Ce soir on a surtout envie de se barrer de là. Notre arrivée dans Rapadalen aura donc été bien sportive.

En terme de retour d’expérience, je pense qu’on s’est trop préparé en mode « Montagnes Françaises ». La Suède nécessite une approche particulière notamment pour ce qui est de la gestion de l’humidité. Après coup il va donc falloir qu’on revoit certains points. Mais bon rassurons nous aussi, on a surmonté cela et le duo père/fille suédois qu’on a croisé aujourd’hui nous dirons à Saltoluokta (où on les retrouvera) qu’ils ont eu pas mal de soucis aussi et que ça a été dur donc bon, si même les locaux expérimentés galèrent, ça va !

En attendant je m’endors, crevé, bien au chaud en écoutant la pluie dehors. J’espère qu’elle s’arrêtera d’ici demain matin.

Jour 7 - Rapadalen


Il a bien plu encore cette nuit mais au moins ce matin ça s’est arrêté… Par contre tout est évidemment encore mouillé de la veille. Je dois avouer que ce matin je n’ai aucune envie de me lever et enfiler des habits gorgés d’eau (pantalon, chaussettes,…).

Mais bon… il faut y aller. On plie donc le camp et on se met en route. On a pas trop mal récupérer de la veille mais Quentin a toujours aussi mal au genou gauche et celui de droite commence à faire des siennes aussi… c’est pas bon signe et il nous reste 60km à parcourir…

Le début du chemin se fait encore et toujours dans de la forêt dense et mouillée, on va pas sécher aujourd’hui… Par chemin j’entends une vague trace de piste qui semblerait avoir été récemment foulée par un humain étant donné les quelques traces de pas que l’on trouve ici et là. On est bien loin de la superbe Padjelanta et de son tracé 4 étoiles. Ici pas de chemin de planche dans les marais, il faut y aller directement et jusqu’à mi-mollets parfois. Et niveau marais on est servi aujourd’hui. De toute façon pour résumer on a le choix entre la forêt de bouleaux humides, les marais et une broussaille dense à hauteur d’homme qui vous fouette le visage… Un vrai bonheur.

Malgré tout on progresse et les quelques passages proches de l’eau révèlent à chaque fois un magnifique paysage avec, en toile de fond, le Gådoktjåhkkå tout saupoudré de neige fraîche.

Plus on avance et moins la trace est visible. Elle disparaît souvent au niveau des rivières et des marais.

Début d’après midi, Nammàsj (prononcé Nammatche) est en vue, c’est notre destination. Nous cherchons à poser le camp près du débarcadère qui mène normalement à Akste mais qui n’est plus en service à cette période.

Nous atteindrons notre destination vers 16h. Nous avons un joli espace de bivouac et surtout une vue incroyable sur Rapadalen.

Le camp installé, on s’atèle à nos tâches classiques : séchage des affaires (on a même la chance d’avoir du soleil !), photo, soin des pieds… D’ailleurs pour ce qui est des pieds, les miens commencent à en avoir un peu marre d’être trempés si bien que j’ai quelques plaies ouvertes au talons et un orteil qui commence gentiment à puruler… mais bon, quand vous marchez 8h par jour dans des marais il faut pas s’attendre à mieux – on a d’ailleurs croiser une Suédoise plus tard qui avait une philosophie intéressante : « Get wet and accept » (Sois trempé et accepte le)…

On allumera un petit feu ce soir. De quoi se réchauffer un peu même si le bois humide ne chauffe pas très fort.

La journée aura été bonne au final et on a bien progressé malgré le terrain difficile et le genou de Quentin. Le bivouac est vraiment beau et agréable. Encore une fois les lumières du soi donnent envie de faire des photos en continue.

Parce que ça caille et nous ne tarderons pas à rejoindre notre douillé duvet.

Jour 8 - Skierffe, Kungsleden et Sitojaure


Il a fait froid cette nuit ! Avec Matthieu ça a été car on est à deux dans la tente et on a de bons duvets mais Quentin s’est bien pelé. On a eu environ -5°C. Ce qui est marrant c’est qu’étant donné que tout est trempé, et bien tout a gelé, même les chaussures. On a donc le bonheur d’enfiler des bons gros blocs de glace dès le lever.

Par contre qui dit nuit fraîche dit jolie ambiance matinale ensoleillée :

La première étape de la journée consiste à réaliser l’ascension du Skierffe. Juste 600m de D+, ce n’est pas énorme mais il n’y a pas de chemin de ce côté-ci ce qui change pas mal la donne au final. On se met donc en route hors sentier à travers la forêt de bouleaux encore une fois relativement dense.

Afin de vous repérer je vous conseille de viser la cascade qui descend sur la gauche du Skierffe. En suivant ce cap vous ne rencontrerez pas de grosses difficultés. Il y a juste la Nammàsjjåhkå à traverser mais en cherchant un peu on peut trouver un passage à guet.

Nous arrivons rapidement au début de la montée qui se fait en grande partie dans la forêt. La pente est assez raide et l’absence de chemin n’aide pas mais en y allant tranquillement pas de soucis. De plus la vue est de plus en plus belle à mesure que l’on s’élève ce qui donne du baume au coeur :

Vous atteindrez un « faux » replat en haut de la montée là où les arbres se font plus rares. Prenez en direction de la droite (plein est) à ce moment. Une fois la cascade passée par le dessus, vous entamez la longue pente finale vers le sommet. Je vous conseille de ne pas trop marcher près de la falaise, déjà par sécurité mais surtout pour avoir la surprise de la vue au moment où vous arriverez au point culminant du Skierffe.

Et je dois vous dire que cette vue est absolument magnifique ! D’en haut vous embrassez en un regard Rapadalen et son delta, Nammàsj tout petit en bas, Tjahkelij, les lacs de Làjtavrre et de Tjaktjajàvrre,… C’est époustouflant ! Au nord vous pourrez également admirer les grandes landes vides qui s’étendent jusqu’au lac Sitojaure. Le Skierffe tient ses promesses en tous cas et nous sommes heureux et loin de la rudesse des derniers jours. C’est pour cela aussi qu’on marche : voir ces paysages uniques et merveilleux de ses propres yeux.

Nous profitons de ce lieu magique pour faire notre pause du midi. Toutefois à 1179m d’altitude il fait froid surtout dans le Grand Nord, on se refroidit rapidement étant statiques. Encore quelques photos et nous reprenons la route.

La suite du chemin doit nous mener vers le lac Sitojaure, pour cela nous devons rejoindre la Kungsleden mais le sentier redescend vers Akste pour remonter. On décide donc de couper tout droit en passant près du Doaresoajvve. On se retrouve donc encore une fois hors sentier dans un terrain très agréable marchant en toute liberté. Les paysages sont superbes : de la toundra à perte de vue avec en toile de fond de grand sommets tous blancs.

Nous rejoignons enfin la Kungsleden qui nous parait une autoroute après ces 7 jours dans la pampa : le chemin est large, parfaitement marqué et surtout balisé tous les 10m. En bref on avance vite sur la fin du plateau et ensuite dans une forêt/marais relativement triste.

Vers 16h30 nous arrivons en vue de la petite cabane près de l’embarcadère qui permet de traverser le lac. D’ici on peut prendre un bateau à moteur mais comme nous n’avons pas assez de couronnes suédoises sur nous (400Kr/pers), on se dit que l’on va ramer sur les 4,5km sauf que … il y a 0 bateau à rame ! Il devrait y en avoir au moins un sauf que là non… C’est un problème !

Heureusement pour nous il y a une américaine qui attend depuis 1h le bateau pour passer de l’autre côté. On va donc attendre que la pilote arrive et voir avec elle comment on peut s’arranger pour payer notre traversée (euros, virement,..).

Commence alors l’attente, on ne sait pas à quelle heure elle va passer, il y a juste un mot disant qu’elle le fera… Nous attendons donc en papotant avec la randonneuse américaine, en grignotant, en improvisant une pétanque à base de galets,…

Le temps passe et se fait long, au bout de 2 heures d’attente on commence à se demander ce qu’on va faire….

Heureusement, notre pilote arrivera vers 18h30. Heureusement également elle accepte les euros, on va donc pouvoir traverser ce soir et ne pas perdre de temps. On embarque donc tous les quatre et c’est parti pour 10 minutes de traversée.

La distance est vraiment longue jusqu’au petit village de l’autre côté. Je pense qu’en ramant c’est possible mais c’est une bonne étape  à ne pas entreprendre si il y a trop de vent ! Et je ne parle même pas du cas où il faut refaire un aller-retour supplémentaire pour ramener un bateau de l’autre côté. Je vous conseillerai donc de privilégier le passage avec le bateau à moteur même si c’est cher.

Nous arrivons donc de l’autre côté, nous débarquons et nous prenons le temps de papoter avec la pilote qui est également éleveuse de rennes. Initialement on s’était dit que nous resterions bien à la Sitojaurestugorna pour la nuit (un refuge) mais elle nous conseille de continuer la route 3km plus loin pour bivouaquer et dépenser les 50€ de la nuit (500kr) à Saltoluokta qui est plus sympa d’après elle.

Nous reprenons donc la route au crépuscule en marchant rapidement pour essayer de ne pas arriver de nuit. La Kungsleden est toujours aussi « roulante », on a donc besoin de juste 45 minutes pour couvrir les 3km jusqu’au point de bivouac près d’un point d’eau.

Il fait déjà sombre lorsque nous montons le camp. Nous aurons la visite d’un beau renard roux, pas craintif qui approchera à quelques mètres en vue de glaner un peu de nourriture je pense. Il s’en ira au bout d’un moment nous laissant à nos lyophi mangés à la lumière de la frontale.

Le ciel est clair, il va encore faire froid ce soir. On se couche pour la dernière fois dans nos tentes car demain c’est la dernière journée.

Jour 9 - Dernier jour vers Saltoluokta


Le mercure est encore descendu bien bas cette nuit comme en témoigne la tente gelée au réveil. Le soleil levant dévoile également le magnifique paysage qui nous entoure et dont on a pas pu profiter hier. J’adore ces ambiance de petit matin où tout est calme et apaisé.

Nous plions le camp une dernière fois et nous reprenons la route pour les 15km qui nous séparent de la fjallstation de Saltoluokta.

Les paysages sont réellement superbes sur toute cette portion de chemin, de plus nous avons la chance d’avoir un grand soleil aujourd’hui, le temps parfait pour finir le trek. C’est le premier jour sans aucune pluie.

Nous avançons donc le coeur léger contents de retrouver la civilisation après ces 8 jours pas toujours faciles.

Il ne nous faudra que 4h pour parcourir la distance qui nous sépare de la « station », 4h de spectacle offert par la nature :

Nous arriverons à Saltoluokta vers 13h. Il y a pas mal de monde ici, c’est même surprenant et un peu déstabilisant après une semaine en ayant croisé presque personne. Il me faut toujours un petit moment pour atterrir…

Le reste de la journée sera partagée entre une petite bière, un tour au sauna avec une vue magnifique sur le lac et la vallée, un bon repas le soir (~25€).

Le soir nous attendrons les aurores et nous serons récompensés par un beau spectacle ! Une formidable façon de finir ce trek.

Nous nous endormirons donc la tête pleine d’aurores boréales bien au chaud dans notre chambrée.

Le lendemain nous prendrons le bateau à 12h30 et ensuite le bus direction Kiruna où nous passerons une journée avant de revenir en France.

Dès le trajet en bus, nous ressentirons une nostalgie des grands espaces et du « Wild ». Nous disons malheureusement au revoir à la Laponie mais déjà nous souhaitons repartir vivre encore une fois une telle expérience.

Conclusions


Quelle aventure ! J’ai eu envie d’aller au Sarek dès que j’en ai entendu parler et mes espoirs n’ont pas été déçus. Le Sarek est sauvage, dur, beau, époustouflant. La dimension de la Nature, que ce soit les paysages ou la météo, vous font sentir tout petit. Il est rare de nos jours, en Europe tout du moins, de pouvoir marcher 3, 5 ou même 7 jours sans croiser une vraie structure humaine ni même des personnes ou bien juste 2min le temps de se croiser. 

Ce trek aura toutefois été l’un des plus durs que j’ai fait et il en est de même pour mes acolytes. Le terrain aura été la principale difficulté mais la météo n’aura rien arrangé. Mais bon, à côté de cela, la récompense qu’offre les paysages et tous ces petits moments indescriptibles compensent largement les difficultés. Quelques jours après notre retour Quentin parlait d’amnésie à la douleur, j’aime bien cette image. On oublie ce qui faisait mal et on ne garde que le bon et on a tout de suite envie de repartir encore un peu plus loin, un peu plus longtemps. Je ne sais pas encore où cela sera mais ce qui est sûr c’est que l’appel du Nord va encore être fort dans les prochains mois.


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